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L'été des festivals #3 : "Carlier, Mannès et Turine investissent Avignon avec deux spectacles de danse résolument contemporaine et sans compromis"

Cette année à Avignon, deux auteurs et une autrice, membres de la SACD, sont programmés dans le Festival Off pour leurs spectacles de danse. Leslie Mannès et Thomas Turine pour Forces sont annoncés au Théâtre des Doms et le jeune, mais non moins talentueux, Julien Carlier sera à la Manufacture avec Dress Code. Deux spectacles contemporains et novateurs qui viennent se nicher dans une programmation générale, particulièrement théâtrale et hétéroclite. De quoi se démarquer et espérons-le, élaborer une tournée hors de nos frontières. Rencontre avec cette créatrice et ces créateurs passionné∙es qui n’ont pas froid aux yeux.

 

Dress Code est un spectacle sur le fonctionnement du hip-hop. Forces traite de manière animale et presque guerrière d’une prise de pouvoir physique et féminin sur le monde. Un spectacle énergique, proche du rituel. Est-ce que l’enjeu de présenter vos spectacles au festival d’Avignon a changé quelque chose en termes de préparation et d’organisation ?

Julien Carlier (J.C.) : Comme Dress Code est programmé à la Manufacture, nous avons des réalités financières très différentes. Nous avons dû trouver des subventions pour louer la salle. Ensuite, nous devons la remplir. Ce qui change, c’est l’organisation autour de la communication du spectacle, de l’information simple jusqu’à la distribution de flyers sur place. Ensuite, c’est une période longue de neuf représentations avec une générale. De fait, la préparation physique et psychologique est différente. Il va falloir assumer toutes ces représentations à la suite.

Leslie Mannès (L.M) : Même si nous avons été sélectionnés par le Théâtre des Doms et que nous sommes supportés par cette structure cela reste un investissement financier important pour nous aussi. De plus, nous faisons aussi une dizaine de représentations. Ça change beaucoup de choses. Pour les spectacles de danse, 10 représentations avec un jour de relâche, c’est un rythme très intense. La préparation est différente. Après, ce qu’on attend essentiellement, on le sait, c’est un public français. Il y a peu d’internationaux qui viennent vraiment dans le Off. Avec la Covid, nous n’avons presque pas tourné en France donc aucun programmateur français n’a pu voir le spectacle. Pour nous c’est un véritable enjeu.

Thomas Turine (T.T.) : Maintenant, le travail c’est surtout de contacter les bonnes personnes.

L.M. : Ce qui est bien pour le spectacle de Julien comme pour le nôtre, c’est que nous sommes accompagnés par la même équipe, le bureau de production et de diffusion Bloom Project, mené par Stéphanie Barboteau. Elle est très expérimentée sur le festival d’Avignon. Elle a précédemment travaillé pour la Manufacture, accompagné beaucoup de spectacles aux Théâtre des Doms. Elle a donc une expertise pointue sur le fonctionnement du festival, sur sa temporalité aussi. Comment les choses se passent et quelles sont les bonnes personnes à faire venir, comment développer une stratégie.

T.T. : Oui, ce qui est bien, c’est qu’elle n’en fait pas trop. Elle arrive à bien réguler le travail. Les programmateurs sont déjà assez submergés de propositions sur le festival.

J.C. : En soi, l’aventure du festival d’Avignon est toujours une belle aventure. Mais pour le spectacle, sa visibilité, il est très important.


Justement, Julien, Dress Code est un spectacle de danse contemporaine basé sur les codes et les rituels du hip-hop, le break en particulier. La danse urbaine à Avignon, est-ce que c’est quelque chose que tu appréhendes ?

J.C. : Appréhender, non, mais je suis curieux. En France, le réseau de la danse urbaine est déjà bien établi, mais à l’heure actuelle, je ne sais pas comment mon spectacle va rentrer ou pas dans ce créneau-là. Le but, c’est d’ouvrir de nouvelles portes, voir qui est intéressé.


Quel retour imaginez-vous du public français face à Forces, un spectacle brut et animal, très féminin ?

L.M. : À Avignon, le créneau de la danse contemporaine s’adresse déjà à un public de niche. Il n’y a que quelques lieux qui en programment. Sur l’aspect brut et animal du spectacle, sur le lien direct qui touche l’affectif et l’émotionnel, on verra comment le public français, qui peut souvent être dans la référence, va réagir… En tout cas, il y a déjà du répondant et des réservations, ça prouve un intérêt.

T.T. : S’il y a effectivement une tradition de théâtre plus classique dans le festival, le public comme les programmateurs sont là aussi pour le contemporain. Et on remarque qu’il y a de plus en plus de spectacles engagés qui sont programmés.


Julien, tu viens de créer Collapse au Théâtre Les Tanneurs il y a peu. Leslie et Thomas, vous êtes en résidence de création pour un nouveau projet. Vous comptez en parler en dehors de vos spectacles respectifs ?

L.M. : On est en pleine résidence de création pour un nouveau spectacle intitulé Rituel du désordre qui sera créé fin septembre à Mons. Évidemment, on va aussi en parler. C’est un projet particulier, puisque c’est participatif. Peut-être que le projet intéressera d’autres institutions que celles qui sont dans un rapport frontal scène-salle. À voir.

J.C. : Comme je sors tous juste de la création de Collapse, j’ai besoin d’un temps de recul. Dress Code sera notre communication principale, mais il y a une pièce que j’avais créée avant, Golem, qui pour des raisons de pandémie a vu beaucoup de ses dates annulées à l’internationale. Je pense que ce spectacle doit continuer et on va en profiter pour mettre en avant le panel de propositions qu’on a, essayer de toucher d’autres lieux.

T.T. : On va à Avignon avec l’envie que le spectacle qu’on y joue soit pris en tournée, mais ce sont surtout les rencontres sur le long terme qui sont intéressantes, les gens qui apprécient ton travail et se projettent dans de futures collaborations.

L.M. : Comme tout le monde est là pendant deux semaines sur le même site, qu’il y a toute cette émulation, c’est plus simple de proposer à des programmateurs de venir nous voir plutôt que de les faire venir à Bruxelles en saison. En plus, il y a cette ambiance agréable, c’est l’été, il n’y a que des amoureux du spectacle vivant, l’atmosphère est plus légère, plus simple. Ça ne veut pas dire que quelque chose va en sortir, mais le lien est plus immédiat.

T.T. : Oui, temporairement, les rapports sont plus simples là-bas.

J.C. : Il y a aussi tous ces artistes sur place, certains qu’on n’a pas vu depuis longtemps, d’autres dont on a envie de voir les créations. On se rencontre et ça peut produire des collaborations.

L.M. : Et puis, il y a aussi cet esprit de famille de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il y a les compagnies belges qui sont au Théâtre des Doms, celles à la Manufacture, on sent qu’on est tous là pour représenter notre travail. Ça crée vraiment du lien entre les compagnies, une solidarité hors territoire qui est porteuse.

 

Propos recueillis par Jean-Jacques Goffinon.


Pour aller plus loin

. Voir Dress Code, de Julien Carlier, jusqu'au 16 juillet à La Manufacture (15h25 -17h), puis ailleurs

. Voir Forces, de Leslie Mannès, Thomas Turine (et Vincent Lemaître), jusqu'au 20 juillet aux Hivernales, ou ailleurs un peu plus tard

. Voir tous les spectacles des auteurs et autrices de la Fédération Wallonie-Bruxelles dans Non, peut-être !, le catalogue édité par Wallonie Bruxelles Théâtre Danse.

 

Photos : Leslie Artamonow - Hichem Dahes

 

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L'été des festivals

Tout au long de la saison des festivals, la SACD vous emmène à la rencontre des auteurs et autrices qui font les spectacles qu'on applaudira : à Il est temps d'en rire, à Avignon (In & Off), aux Brigittines... Humour, théâtre, danse... des choses magnifiques se préparent. Une manière de passer l'été en bonne compagnie !

. "Le temps de l'écrire" (une interview par Isabelle Plumhans de Céline Scoyer et Thibaut Nève à propos des Envies sauvages, un spectacle de Céline Scoyer pour le festival d'humour Il est temps d'en rire)

. Les (humoristes) belges à Avignon (une interview croisée de 9 meilleur.es stand-uppeurs et stand-uppeuses du Festival Avignon Off !)

. "Carlier, Mannès et Turine investissent Avignon avec deux spectacles de danse résolument contemporaine et sans compromis", interview des chorégraphes par Jean-Jacques Goffinon.

. "L’écriture instinctive et spatialisée de Still Life", interview par Marie Baudet de Sophie Linsmaux et Aurélio Mergola dont le projet Flesh est à l'affiche du In d'Avignon

. "Parades de confinement", à l'occasion des Rencontres Théâtre jeune Public de Huy, interview par Marie Baudet de Nathalie Wolff, du Théâtre des Zygomars et d'Arts et Couleurs sur la réinvention du théâtre jeune public lors des confinements