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Hommage à Philippe van Kessel

Philippe van Kessel, figure marquante du "jeune théâtre", auteur de grand talent, fondateur du Théâtre qui deviendrait les Tanneurs, directeur du Théâtre National, nous a quittés. Sa vision, sa passion et son travail passionné auront contribué à façonner le paysage théâtral de notre pays. Nous tenons à lui rendre hommage.

 


Le ciel du monde artistique s'est assombri en apprenant la disparition à 76 ans de Philippe van Kessel. Un homme passionné, un jeune loup du « Jeune Théâtre » francophone comme le titre la presse des années 70. Nombreux sont les étudiants et jeunes artistes de l'INSAS et de l'École nationale de théâtre de Strasbourg qui garderont son sens et sa vision artistique tout comme sont nombreux les théâtres où l'ombre de Philippe parcours encore les couloirs.

Fondateur de l'Atelier Sainte-Anne qui deviendra le Théâtre des Tanneurs, Philippe était aussi adaptateur, un comédien, un artiste des Galeries, du Théâtre de Poche, du Rideau de Bruxelles, de l'Atelier du théâtre de Louvain-La-Neuve, du Théâtre du Parvis... et combien de compagnies sont nées à son initiative qu'il n'a par la suite jamais cessé de fréquenter.

Directeur de la plus importante institution du théâtre de notre Communauté, Philippe sera à la tête du Théâtre National pendant 15 ans, chapeautant sa rénovation et son déménagement dans ses locaux actuels. Il défendra l'institution bec et ongle lorsqu'un « destin funeste » pointe à l'horizon du TN.

Philippe qui sera aussi un combattant du monde artistique, à l'initiative de la création de ce que l'on pourrait appeler la première confédération professionnelle (La Fédération des professionnel.es des arts de la scène) marquant une nouvelle ère des politiques culturelles et de l'implication des fédérations dans le secteur.

Comme metteur en scène, il fait ses armes au Jeune Théâtre de L'ULB avec Maison d'os, très beau clin d'œil ou pied de nez à celui qui se rêvait médecin. L'Ève du théâtre lui tend les bras. On soulignera son magnifique coup de génie durant la saison 85/86 avec La Trilogie du revoir de Botto Strauss, où il réunit sur scène différents types de générations d'acteurs et actrices de familles théâtrales diverses à l'Atelier Sainte-Anne. Telle était sa conviction : « lancer des défis », sans jamais omettre sa petite phrase devenue culte, « renversez-moi ! ».

Comédien, il débute avec le rôle d'un cadet de Gascogne et d'un mousquetaire dans Cyrano de Bergerac avec la compagnie des Galeries durant la saison 69/70. J'aimerais mettre en évidence ses rôles dans Dialogues d'exilés de Brecht dont il signe également la mise en scène et le montage sonore, il joue également le Prince dans La Double Inconstance de Marivaux, prêtant également ses talents à divers rôles dans la production Quoi de neuf, Aruspice de Sigrid.

Derrière l'homme et le directeur se cachait aussi un talent, un homme humble malgré sa distinction honorifique remise par le Roi, une capacité à gérer les situations, un caractère de soutien comme il l'a démontré avec l'Ensemble Théâtral Mobile.

Sa vision du théâtre et son intelligence resteront les plus belles contributions au paysage théâtral francophone.

Philippe, tu resteras dans ma mémoire comme cette grande silhouette, ce pilier, cet homme de conseil, ce modèle d'audace pour des générations d'artistes.


Jérôme Roose,
Membre du Comité belge de la SACD

van kessel
Sonuma