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"Postures", par Mauro Paccagnella

Au delà des appartenances et des usages relatifs, le corps communique.
Si je croise un corps qui me fait une grimace et se tortille, je pense à un malheur ou à une gène profonde. S’il me sourit avec excès de gaité, je pense à un italien content ou à une sauce frites mal tournée. Pas besoin d’explications, je devine ou j’invente.

 

Cette communication, même dans sa forme primaire, quotidienne, accompagne ou cache des histoires singulières, qui appartiennent à des corps singuliers, à des groupes d’appartenance relative et au monde tout court.


Ses formes, ses postures, ses élans me parlent et les rencontrer, les regarder, les pratiquer, leurs rendre hommage avec attention critique c’est mon plaisir et mon métier. Ces histoires se nourrissent de fortunes, de maladresses relatives et de cycles éternels : incompréhensions, trahisons, trébuchements, nausées, abcès, ennuis, engagements, enivrements, chutes, insomnies, burn out, divorces, vomis, décès.
À ce moment là le regard s’arrête et j’essaye une distance, pas pour m’y éloigner ou m’y engouffrer, mais pour ingérer, goûter, métaboliser sans subir. Je libère ma tête, je me pose en observateur et je goûte.


L’être humain a du mal à inclure dans son vocabulaire quotidien le mot fragile ; ce vide nous affaiblît. Nous le reconnaissons, mais on le traite généralement comme ennemis. Alors, pour anesthésier le monde et sa mémoire fragile, ou pour regarder tout droit dans les yeux, je prends une loupe, je dégage, j’ouvre une brèche et je partage.


Je continue à croiser sur mon chemin des gens, des amis, des artistes, des vrai amateurs qui voient la même brèche que moi mais autrement, et c’est avec eux que j’échange et je regarde la toile fragile qu’est le monde avec cette loupe qu’on nomme humour, décliné sous différents distances et angles selon les alchimies du sujet et les températures des équipes. À chacun ses compétences mais à chacun de les partager. Les perspectives se multiplient, se chevauchent, se renvoient dans des formes variables, par fois absurdes, noires et drôles, ou aiguës, cyniques et irrévérentes, sensibles et vulnérables, ironiques ou politiques, par fois premier degré.


L’humour n’est qu’une façon de voir ou de regarder autrement, ça renvoie du plaisir, ça dégage des neurones libres. Appliquons nous, de temps en temps, c’est quand même plus agréable que se réveiller au fin fond de la nuit, en pleine transpiration, au milieu d’un cauchemar, et se dire qu’on aurait pu faire autrement. Faisons autrement.

 

Liens utiles 

. lire le Magazine des Auteurs et des Autrices #5 : "L'humour est un métier"
. la biographie de Mauro Paccagnella sur Bela
. retrouvez l'édito de Jean-Luc Goossens "L'humour doit être déclaré d'utilité publique

 

Mauro 2019 MG 5314
Portrait : © Joz Deconinck

Mauro Paccagnella, danseur et chorégraphe, a créé en 1998 le groupe Wooshing Machine qui se produit en collectif pour des spectacles de théâtre et de danse contemporaine, des installations vidéo, des conférences dansées, des performances.
http://www.wooshingmachine.com/