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Tonnerre d'applaudissements pour le Créahm Liège et le Créahmbxl, Prix Jumelles d'or 2023 !

Vendredi 17 Mai 2024

Cette année, le Comité belge a souhaité mettre à l'honneur « deux maisons originellement jumelles, aujourd’hui distinctes », le Créahmbxl et le Créahm Liège dont les vocations sont « d'inclure les personnes porteuses de handicap intellectuel dans la société et faire reconnaître leurs compétences artistiques ». Lieux de création et de diffusion en théâtre et chorégraphie mais aussi en arts plastiques et musique, les Créahm sont des « laboratoire d’expérimentations artistiques » où « les ateliers sont donnés par des artistes » à des artistes. Apprenez en plus en lisant l'éloge du Comité belge et l'entretien avec ces deux structures.

L'éloge du Comité belge

Maisons originellement jumelles, aujourd’hui distinctes, le Créahm Liège et le Créahmbxl ont pour vocation la professionnalisation des artistes en situation de handicap intellectuel. En cela, elles sont un pilier de la création contemporaine qui vise à faire entendre des récits jusque-là invisibilisés.

Si nous tenons à rendre hommage à ces deux maisons, c’est tant pour la qualité artistique des œuvres produites que pour saluer leurs pratiques quotidiennes en ateliers. Car c’est bien de ce cadre de travail en ateliers que naissent chacune des créations - qu’elles soient théâtrales, plastiques, musicales ou chorégraphiques. Et ce, à l’heure où la culture est majoritairement subsidiée sous la forme contraignante d’appels à projets. Cette pratique en ateliers, noblement artisanale et peu courante, permet également une perméabilité entre les arts abrités sous un même toit. Les Créahm sont un modèle de cet échange fertile.

Éminemment contemporaines, éminemment joyeuses, les créations portées depuis de nombreuses années déjà par le Créahmbxl et le Créahm Liège s’inscrivent dans un paysage culturel qui, nous l’espérons pour le futur, se consacrera à bras le corps à la question de la prise en charge collective de la vulnérabilité humaine qui nous concerne toutes et tous. La SACD est heureuse de vous féliciter et de vous remercier pour votre brillant travail au long cours.

 

Céline Beigbeder, membre du Comité belge de la SACD

Mettre en œuvre les droits des artistes handicapés

 

Prix honorifique, les Jumelles d’Or de la SACD récompensent cette année deux associations pour leur engagement en faveur de la création et de la diversité culturelle : le Créahm Liège et le Créahmbxl. Créahm pour « Création et Handicap Mental ». Les deux structures, indépendantes l’une de l’autre, s'attèlent au déploiement des aptitudes créatrices de personnes en situation de handicap mental avec des ateliers qui ne sont ni thérapeutiques, ni occupationnels. Ils sont artistiques.

 

Créahm. À l’oreille, on entend « crée âme ». Sous l’acronyme, la poésie. Et cela dit déjà beaucoup de l’approche, de l’état d’esprit et d’une certaine forme de malice du Créahm. Fondé en 1979 à Liège par l’artiste peintre Luc Boulangé pour offrir un espace de création artistique aux personnes en situation de handicap mental, dans un cadre sûr et respectueux de la personne, le projet du Créahm est de facto aussi sociétal et politique. Il acte les droits des personnes handicapées, il les met en œuvre. Il ouvre le champ à « une société où la différence – ici celle du handicap mental –, n’est pas aplanie ni reléguée, mais pleinement manifestée en son pouvoir de création et de questionnement », ainsi que le conceptualise le Créahm Liège. En 1983, naît le Créahmbxl à Bruxelles, indépendant, mais respectant la philosophie originale du projet.

« Ce prix répond à notre mission : inclure les personnes porteuses de handicap mental dans la société et faire reconnaître leurs compétences artistiques. C’est génial ! Cela va rayonner, notamment auprès de ces artistes », s’enthousiasme Cécile Schumacher, la directrice du Créahm Liège depuis 2010. Même sentiment au Créahmbxl. « C’est une reconnaissance du sens de ce que nous faisons ici. Au-delà de la qualité artistique indéniable, nous participons à un projet sociétal génial. L’inclusion n’est pas juste un terme à la mode, mais nous relevons nos manches et nous travaillons à une société plus inclusive », souligne avec énergie Simon-Pierre Toussaint, directeur depuis 2020.

 

© Jeanne Bidlot

La création artistique au départ de tout

Ces missions sociétales, cruciales, arrivent en 2ème ligne, elles découlent de la mission initiale qui est le cœur de l’action de ces associations : l’accès aux pratiques artistiques pour les personnes en situation de handicap mental. « Le Créahmbxl, c’est un laboratoire d’expérimentations artistiques plaçant la création au centre de sa démarche. Un peu à la façon des académies, en fait. Les ateliers ne sont ni occupationnels, ni thérapeutiques, ils intègrent une exigence de qualité », cadre d’emblée Simon-Pierre Toussaint.

« Il y a un Centre de jour du Créahm Liège avec une équipe pluridisciplinaire (logopèdes, éducateurs, etc…) qui accompagne les usagers. Mais quand ils sont dans les ateliers artistiques, cet aspect est mis de côté. Les ateliers sont donnés par des artistes. C’est une rencontre d’artiste à artiste. Ce n’est pas un soutien, mais c’est le croisement de compétences avec l’autre qui permet le déploiement artistique », souligne Cécile Schumacher. « C’est un rapport entre l’artiste animateur et l’artiste en développement qui se fait sur base sensible. Ce n’est pas, par exemple, la chorégraphe qui vient avec sa chorégraphie. Elle se base sur une succession d’improvisations et d'exercices où est exploré l’univers de chacun‧e», précise Simon-Pierre Toussaint.

 

© Gaëtan Lino (Créahm de Liège)

Installés dans le milieu de l’art

Au fil des années, cette approche, focalisée sur l’artistique et le développement de la singularité de chacune et chacun, a installé ces artistes dans le milieu de l’art. « Notre notoriété est toujours grandissante. Nous sommes reconnus. Nous avons fait nos preuves, les gens y croient, les collaborations se multiplient, le rayonnement s’élargit toujours plus. Cette forme d’art, dont la spontanéité plaît beaucoup, est aujourd’hui reconnue dans la société. Ce qui en découle, c’est que ces artistes porteurs.euses de handicap mental sont alors perçu.e.s, et se perçoivent eux et elles-mêmes, comme des citoyens et des citoyennes à part entière », constate la directrice du Créahm Liège.

« Nous sommes intégrés au milieu de l’art. Nos artistes sont reconnus comme artistes, pas tant pour leur handicap. Nous prétendons aujourd'hui à des résidences d’artistes non pas pour personnes en situation de handicap, mais destinées à des artistes contemporains. Dans notre collaboration avec les Ballets de Monte-Carlo, il n’est nulle part mentionné que l’artiste associée est handicapée. Le but n’est pas d’effacer le handicap, mais qu’il ne soit plus le sujet. Pour moi, nous sommes un collectif de 120 artistes, point. Et mon rôle est, entre autres, celui d’un agent d’artistes de talent. D’ailleurs, l’une de nos spécificités, c’est que nous rétribuons nos artistes. Quand ils vendent, ils touchent 50%. C’est hyper important, car cela les inscrit dans la société », explique le directeur du Créahmbxl.


© Jeanne Bidlot

Les lauriers, oui, le repos, non

Le chemin parcouru par ces Créahm se mesure à leur extension : ils sont passés d’un rayonnement en Belgique à un rayonnement international, de productions propres à des collaborations, de la proposition au fait d’être appelés, demandés. Et leur enthousiasme, leur sentiment de satisfaction est palpable. Mais ils ne sont pas rassasiés pour autant ! Il y a encore tant à faire, tant de possibilités.

Pour le Créahmbxl, il y a un besoin criant d’avoir un lieu à soi, de pouvoir « poser nos valises définitivement » après trois déménagements en dix ans… Un lieu évolutif qui correspondrait à leurs actions et qui permettrait des créations transversales, alors qu’aujourd’hui le manque de place contraint les danseurs.euses à aller dans un autre lieu et nuit aussi à un archivage professionnel.

Du côté du Créahm Liège, le défi est de parvenir à recruter des artistes animateurs.trices. Pas uniquement des pédagogues donc, mais des artistes avec leur propre activité artistique en parallèle. Et aussi de réussir à s’adapter à la diversité des participant.e.s. Originellement, étaient surtout demandeurs des artistes porteurs.euses de trisomie 21. Depuis dix ans, il y a un fort intérêt de la part de personnes autistes dont l’approche est très différente.

Une dynamique perpétuelle, parce que la place de l’art et celle de la diversité, malgré les succès, restent des zones à défendre.


Propos recueillis par Cécile Berthaud


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© Gaëtan Lino (Créahm de Liège)

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