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Tonnerre d'applaudissements aux lauréat.e.s du Prix Théâtre Jeune Public 2023 pour Dominique toute seule !

jeudi 16 mai 2024

Le Comité belge a souhaité cette année remettre un Prix Théâtre Jeune Public à trois auteur.ice.s dont la pièce Dominique toute seule, « une fable symboliste où le chemin nous amène, tout en douceur, à nous interroger sur les bonheurs du monde » ne cesse de faire parler d'elle. Elle sera décrite par le Comité belge comme défendant une «  théâtralité exigeante qui réunit le récit féérique d’aventure et le réalisme social d’une solitude liée au déclassement », une pièce dont « l'écriture métaphorique et musicale » boulverse « peu importe l’âge de l’auditoire ». Éloge à découvrir, en même temps qu'un entretien de nos trois lauréat.e.s.


L'éloge du Comité belge

C’est l’histoire de Dominique, une jeune femme qui sent monter en elle sa propre transparence. Alors que le musée où elle travaillait a fermé, Dominique reste chez elle, à regarder s’entasser des lettres, jusqu’au jour où l’une d’elles lui annonce qu’elle doit déménager. Un processus de disparition s’enclenche et au hasard d’un bus, elle se retrouve à l’orée d’un bois. C’est ici, dans cette nature régénérante et mystérieuse, que Dominique retrouvera ses couleurs, sa voi(x)e et se réconciliera avec le monde…

Marie Burki, Garance Durand-Caminos et Tom Geels nous délivrent ici une écriture métaphorique et musicale. À l’image de L’oiseau bleu de Maeterlinck, cette pièce est une fable symboliste où le chemin nous amène, tout en douceur, à nous interroger sur les bonheurs du monde. Un univers poétique où, entre les mots, au-delà de l’opacité du visible, sont abordés des thèmes aussi profonds que la précarité́ et la dépression.

Dans un geste musical, polyphonique et sans compromis, Dominique toute seule défend une théâtralité exigeante qui réunit le récit féérique d’aventure et le réalisme social d’une solitude liée au déclassement. Un spectacle tout public qui considère les enfants comme des spectateur.ice.s à part entière… Peu importe l’âge de l’auditoire, nous en sortons toutes et tous bouleversé·e·s grâce à la sensibilité et la maturité de nos auteur·ice·s Marie Burki, Garance Durand-Caminos, Tom Geels et leur équipe.

 

Emmanuel Texeraud, membre du Comité belge de la SACD

Dominique toute seule : une révélation jeune public

 

Premier spectacle de la compagnie Au détour du Cairn, Dominique toute seule a déjà ébloui les Rencontres de Huy, le festival off d’Avignon et les Prix Maeterlinck : la SACD lui décerne aujourd’hui son Prix Théâtre Jeune public 2023. Rencontre avec les trois créateur·ice·s du projet, Marie Burki, Garance Durand-Caminos et Tom Geels…

 


AD : Votre spectacle possède plusieurs niveaux de lecture, c’est à la fois un récit onirique et une parabole sociale. Vous souhaitiez dès le départ vous adresser aux enfants ?

Marie Burki : On s’est toustes les trois rencontré·e·s à l’INSAS, sur mon projet de fin d’études, et j’aimais l’idée de m’adresser à des publics qui ne sont pas nécessairement des habitué·e·s du théâtre. J’ai rencontré le théâtre jeune public pendant mes études et c’était une découverte importante, qui permet de tester des formes plus libres. On peut y parler de tout, délivrer un message en racontant une histoire… Il est difficile d’anticiper les réactions des enfants, alors on a fait des bancs d’essai, des ateliers dans une colonie de vacances, puis on a présenté le début de l’histoire à des enfants de 6 à 11 ans, ensuite on a poursuivi avec plusieurs classes à qui on avait envoyé des extraits.

 

AD : Quel était l’imaginaire commun sur lequel vous avez choisi de vous appuyer ?

Garance Durand-Caminos : On partage des références issues de l’enfance, notamment les films d’animation de Michel Ocelot comme Kirikou, Princes et princesses, qui fonctionnent en ombres chinoises. Ce sont des films avec une certaine forme d’exigence de récit et, quand on les revoit, ça nous parle toujours. On avait à cœur de développer la même exigence narrative dans l’histoire qu’on voulait raconter : les enfants à qui on s’adresse sont des personnes à part entière et ont toute leur place. C’était un vrai choix de vouloir s’adresser à ce type de public. Avec le recul, on remarque que cela nous permettait aussi de raconter une histoire qu’on aimerait voir et entendre, nous.

Marie Burki : Oui, ce sont des dessins animés avec des personnages qui évoluent, qui évitent l’écueil fréquent du manichéisme à la Walt Disney. On a aussi revu plusieurs films de Miyazaki, qui ont nourri la dimension étrange du spectacle, cet entre-deux entre réalité et réalité transformée, plus onirique, intérieure. Tom, qui jouait déjà en jeune public, nous a fait pas mal de retours sur l’importance du rythme, pour emmener les enfants d’une émotion à l’autre…

Tom Geels : Il y a aussi quelque chose dans le ton de Michel Ocelot qui nous plaisait. C’est comme une leçon de franchise entre personnages. Les choses sont dites avec des phrases simples qui ne rajoutent pas du mystère pour du mystère. Même les choses complexes sont dites simplement.

 

AD : « Dominique toute seule » convie aussi la musique et le mouvement, les jeux d’ombre et le chant polyphonique… Cette pluralité formelle était présente dès le début de la création ?

Garance Durand-Caminos : Dès le départ, Marie souhaitait qu’il y ait de la musique. Dans notre première collaboration à l’INSAS, il y avait déjà de la harpe, des influences celtes et folk… Là-dessus, j’ai proposé des mouvements, mais la chorégraphie s’est aussi élaborée de façon collective, ensemble, en écriture de plateau.

Marie Burki : À un moment, on a décidé d’aller plus loin et de se servir de chansons pour raconter l’histoire et « dessiner le paysage » : on a choisi d’y aller à fond ! La musique s’est créée toustes ensemble, à quatre, avec Gilles Péquignot.

 

 © Emilie Abad-Perick

AD : Ces chants génèrent beaucoup d’émotion… Les enfants vous font des retours sur la musique ?

Marie Burki : Quand on échange avec les enfants, iels nous disent qu’iels ont aimé, que les voix sont belles. Ça les marque, et certain·e·s font même les mouvements avec les bras, la danse les entraine. Souvent, iels sont surpris·e·s de ressentir toute une palette d’émotions différentes au sein d’un même spectacle. C’est aussi un spectacle qui peut être reçu par des publics malvoyants ; d’ailleurs une autre de nos références, ce sont les récits audio de la conteuse Marlène Jobert.

Garance Durand-Caminos : Quand on va sur la page Youtube où on a posté la dernière chanson du spectacle, on y lit plein de commentaires des jeunes qui sont venu·e·s nous voir, notamment à Avignon, qui l’adorent et la réécoutent souvent ! Elle reste dans la tête de beaucoup de personnes…

 

AD : Depuis sa création en mars 2022, le spectacle connait un beau succès. Comment faites-vous pour être sur tous les fronts ?

Marie Burki : J’accompagne beaucoup le projet, pratiquement sur toutes les dates, et la tournée se poursuivra la saison prochaine grâce au très bon accompagnement en diffusion de Mademoiselle Jeanne. On a choisi collectivement de doubler la distribution pour pouvoir  le faire vivre, car les interprètes étaient aussi engagé·e·s avec d’autres projets et avaient peu de disponibilités communes au moment où la tournée de Dominique toute seule a commencé. Nous ne nous attendions pas à un tel succès. La reprise de rôles a été rigoureuse, ça a renourri le spectacle.

 

AD : La légèreté du dispositif technique est-elle un choix stratégique, pour voyager plus facilement ?

Garance Durand-Caminos : Oui, c’était une volonté, ça faisait partie de nos conditions de création, de nos paramètres, pour que ça rentre facilement dans une voiture (rires). Ça a influencé la façon de raconter l’histoire.

Marie Burki : Au départ, on souhaitait pouvoir jouer partout mais, finalement, la création lumière nécessite quand même de choisir des salles équipées. Quand les spectacles arrêtent de tourner, on se retrouve avec beaucoup de déchets : on voulait minimiser cette pollution et arriver à une épure dramaturgique qui colle au personnage de Dominique. On a donc choisi une forme scénographiée légère, qui puisse signifier les choses avec peu et raconter par d’autres biais que la représentation physique : les ombres, la musique…

Théâtre et chant – Tout public à partir de 7 ans Ecriture et mise en scène, Marie Burki en collaboration avec Garance Durand-Caminos et Tom Geels, Interprétation et arrangement Garance Durand-Caminos & Tom Geels, Mixage Romain Pigneul

Propos recueillis par Aliénor Debrocq

 © Emilie Abad-Perick

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